La culture a toujours été le parent pauvre de la réflexion économique. Elle a longtemps été perçue comme un secteur déficitaire survivant uniquement grâce aux subventions gouvernementales et à la générosité de quelques mécènes.

Quel gouvernement aurait fondé sa stratégie de développement économique sur l’investissement culturel?

La consommation culturelle était elle-même perçue comme un aimable passe-temps. Il a toujours été de bon ton d’aller au théâtre, de lire des romans, de fréquenter les cinémas, mais personne n’aurait osé affirmer sérieusement que la culture pouvait contribuer à alimenter la réflexion du gestionnaire ou de l’administrateur.

Les économistes et les gestionnaires ont eu tort de se désintéresser de la culture. Plusieurs études récentes montrent l’impact essentiel que peut avoir la culture sur le dynamisme de l’économie et sur la qualité de la gestion.

En effet, dans Le facteur C : l’avenir passe par la culture, Simon Brault, vice-président du Conseil des Arts depuis 2004, montre l’importance macroéconomique de la culture.

Selon le Conference Board, l’impact économique de la culture au Canada en 2007 est de 84.6 milliards de dollars ce qui représente 7.4% du PIB.

En 2005, selon Statistique Canada, plus de  690 000 Canadiens travaillaient  dans le secteur culturel.

Toujours selon Statistique Canada, entre 1991 et 2005, le secteur de la culture, du loisir et du sport était le 2e secteur le plus dynamique en ce qui concerne la création d’emplois.

Finalement, un investissement de 100 000 $ dans la culture contribue à la création de 7,5 emplois.
Il en a coûté 2 millions de dollars au gouvernement canadien et américain par emploi sauvé l’industrie de l’automobile en 2009.

Le livre de Simon Brault est d’autant plus intéressant qu’il montre la corrélation entre le développement municipal, l’investissement culturel et l’investissement économique en général.
Plus une ville investit dans le secteur de la culture plus elle devient attirante pour les investisseurs économiques.
L’attrait économique d’une ville pour un investisseur dépend en partie de la richesse de sa vie culturelle.

Ce qui est vrai d’un point de vue macroéconomique, l’est aussi pour le gestionnaire ou l’entrepreneur.
Don Seidman, nous le rappelle dans un article au titre éloquent :  Philosophy is Back in Business

Selon l’auteur, le gestionnaire est confronté à des problèmes de plus en plus complexes. Les difficultés qu’ils rencontrent sont de nature morale, éthique, économique, sociologique, culturelle, politique, anthropologique, dialogique. Pour relever les formidables défis que posent ces problèmes, le gestionnaire ne doit pas se contenter uniquement d’agir sur les effets qu’il perçoit, mais aussi sur les causes de ces effets.

La philosophie, constate l’auteur, est la discipline qui permet de s’interroger sur  la plupart des domaines qui sont susceptibles d’influer sur la vie de l’entreprise.

La philosophie permet ainsi au gestionnaire de s’émanciper des discours hyper spécialisés pour avoir un regard plus large.

De plus, l’auteur constate que la pratique du dialogue philosophique à l’intérieur d’une entreprise permet aux employés de partager une même vision, de l’assimiler et de la communiquer plus facilement.

Non seulement Don Seidman a raison dans son analyse mais en se penchant un peu sur l’histoire des civilisations ainsi que sur la vie des grands leaders et des grands stratèges, il est facile de relire l’histoire du monde et de constater que toutes les grandes réussites humaines se sont construites grâce à la culture.

Cette culture qui apprend à réfléchir, cette culture qui enseigne des valeurs, cette culture qui démontre la force de la pensée, qui permet de relier les concepts, de comprendre la multiplicité des enjeux, qui inspire, qui rassemble, qui motive, qui implique.

N’est ce pas ce qui manque cruellement dans les entreprises pour insuffler une vision, développer de la passion, unir les forces ?

Nous constatons chaque jour la démobilisation, l’absentéisme, le présentéisme et la montée en puissance des maladies psychosomatiques.

Le calcul et les mathématiques nourrissent rarement les cœurs et les âmes.

Ils ne sont que le « complément d’objet » direct de la culture et non le sujet des fondations et de l’action comme on tente de nous le faire croire aujourd’hui.

Il est urgent de redonner aux gestionnaires les moyens de mettre en place des stratégies et un management fondés sur des valeurs, des convictions, des attitudes et des discours ayant une dimension culturelle mobilisatrice.

L’entreprise doit devenir un centre culturel puissant avec une culture de la créativité, et de la stratégie au sens noble du terme, ce qui n’empêche absolument pas d’avoir une certaine philosophie du gain, bien au contraire.

En synthèse ;

La créativité, le management et la stratégie sont intimement dépendant les uns des autres.

L’intelligence stratégique, la créativité perspicace et le management dépendent de la richesse culturelle de l’entreprise.

La richesse culturelle d’une entreprise dépend de l’aptitude des manageurs à générer des convictions, de la passion, de la mobilisation, des attitudes et des discours qui soient en cohérence avec les valeurs et les visions de l’entreprise.

L’aptitude des manageurs à gérer des situations complexes, à relever des défis, à mobiliser des équipes, dépend de leurs compétences culturelles.

La dynamique humaine et les chiffres ne sont que la conséquence de cet ensemble.

Les mathématiques, les technologies et les sciences sont le complément d’objet direct de la philosophie, c’est grâce à la pensée, à la réflexion, à l’intellect que ces matières prennent vie et force.

La culture est à la fois l’énergie et le fruit de la croissance.

Benjamin Bélair avec la participation de Didier Reinach